Mariève Lacroix

Mariève Lacroix

Sur quoi êtes-vous en train de travailler ? Sur quelles idées, quels projets de recherche ? Sur quoi porte votre recherche ?

De façon générale, je concentre mes idées et projets de recherche sur le droit privé, autour de trois axes. D’abord, la matière de la responsabilité civile, dont je renouvelle l’étude, la présentation et la compréhension par une analyse théorique fondamentale des concepts qui structurent l’édifice de la responsabilité en droit privé québécois et en droit comparé. Dans une visée plus pragmatique, je poursuis une étude de la responsabilité civile confrontée à des professionnels dûment identifiés, notamment les avocats, les notaires, les juges, les courtiers immobiliers et les forces policières.

Ensuite, je nourris des réflexions critiques sur les droits fondamentaux de la personne suivant un arrimage de deux instruments normatifs, soit le Code civil du Québec et la Charte des droits et libertés de la personne, au regard de la réputation et de la vie privée – l’art du selfie notamment.

Enfin, j’appréhende le statut juridique du corps humain, qui oscille entre un sujet et un objet de droit, au moment du décès. Pour ce faire, je poursuis une analyse transversale des droits de la personne, des biens et des obligations afin de favoriser un traitement adéquat du cadavre humain. D’ailleurs, je mettrai en place une forme alternative de transfert des connaissances dans ce domaine, puisque je travaille à l’heure actuelle sur une représentation théâtrale qui proposera un dialogue du droit et de la mort transposé au théâtre, à travers la danse, le chant et la peinture.

Au surplus, les réflexions articulées autour de la qualification juridique du cadavre m’ont menée à un questionnement sur le statut de l’animal, nouveau centaure en droit québécois?

Si la mortalité est bien présente dans mes recherches, un exode vers l’immortalité est bien tentant… L’intelligence artificielle représente alors un défi de taille passionnant que je sonderai. Qu’en est-il, à l’heure actuelle, de la responsabilité du robot? Réalité (du robot) : Virtuelle (responsabilité)?

Quel est le volet de votre recherche que vous préférez ?

La réflexion et l’extraction des idées. En fait, lorsque je me sens inspirée, voire transportée par des idées nouvelles à sonder et explorer.

Quels sont les publics de votre recherche ?

Le milieu universitaire (professeurs, étudiants), ainsi que le milieu professionnel (juges, notaires et avocats). Dans une moindre mesure, la population en général, dans un dessein éducatif.

Si vous deviez choisir deux contributions (à la société, à la science, au monde des idées) de votre travail qui vous rendent fière, lesquelles nommeriez-vous ?

Ce serait les contributions à la science et aux idées.

Par rapport à votre recherche, quelle serait la question que vous aimeriez vous faire poser ? Par qui ?

Qu’est-ce qui m’inspire; m’alimente? Il s’agirait d’une question posée par toute personne curieuse, tout simplement.

Par ailleurs, lorsque les étudiants viennent me voir afin d’en savoir davantage et se montrent curieux et intéressés, je me dis que c’est un signe positif !

Quels sont les aspects de votre recherche qui vous ont le plus surprise ?

Mes surprises se manifestent à deux étapes particulières de la recherche.

D’abord, dans les résultats proposés, le fait qu’on pense avoir terminé un aspect de la recherche, mais qu’on découvre toujours une autre facette à explorer; une façon différente d’appréhender les mêmes idées. Ce qui rend une recherche intarissable et toujours évolutive.

Ensuite, dans le processus, il s’agit d’une surprise ciblée sur l’aspect plus négatif, à mon avis, lié à la difficulté et la longueur du temps consacré à l’obtention de subventions au soutien des projets de recherche.

Quel serait le texte que vous avez produit que vous recommanderiez comme première lecture à quelqu’un qui ne connaît pas encore vos travaux ?

  • « Requiem pour un cadavre », co-rédigé avec Me Jérémie Torres Ceyte, paru dans (2016) 62 Revue de droit McGill, pp. 487-525.

Ce texte représente un essai créatif qui arrime mon intérêt du droit privé et comparé, mais également de la littérature et du théâtre. Il s’agit d’un texte où j’ai pris un pur plaisir à soigner la forme et l’esthétisme.

Voilà pourquoi je le recommande pour une première lecture à quelqu’un qui ne connaît pas mes travaux.

Néanmoins, je dois signaler d’autres textes qui m’ont touchée pour des raisons différentes (pardonnez cette digression).

D’abord – et par ordre chronologique :

  • Un texte qui synthétise l’essence de ma thèse doctorale (évitant du même coup de la lire) et qui m’a permis de pousser plus loin mes réflexions articulées autour du concept de l’illicéité en droit privé comparé :
    • « La relativité aquilienne en droit de la responsabilité civile – Analyse comparée des systèmes germanique, canadien et québécois », (2013) 59 Revue de droit McGill, pp. 425-474.
  • Deux textes qui poursuivent les enseignements reçus d’un mentor d’exception, le professeur émérite Adrian Popovici, et qui s’inscrivent dans une perspective critique des droits fondamentaux enchâssés dans la Charte québécoise :
    • « L’atteinte à la vie familiale au Québec – Premier mouvement », (2015) 45 Revue générale de droit, pp. 443-499.
    • « L’atteinte à la vie familiale est la violation d’un droit de la personnalité au Québec – Second mouvement », (2016) 46 Revue générale de droit, pp. 5-26.
  • Deux textes qui symbolisent une amitié indéfectible avec des amis du continent européen sur des sujets choisis à la confluence de nos intérêts respectifs (et qui me rappellent de beaux souvenirs du Panama, de la France et du Maroc, dois-je l’avouer) :
    • Avec Frédéric Bouhon : Responsabilité et immunité des juges. Regards croisés belge et québécois, Montréal, Éditions Thémis, 2017.
    • Avec Alicia Mazouz : « Rencontre entre le droit au respect de l’image et l’art du selfie », (2018) Revue internationale de droit comparé, pp. 59-88.

Comment voyez-vous l’évolution du monde de la recherche dans les facultés de droit ?

Je souhaite une évolution positive de la recherche, c’est-à-dire libre, percutante, critique, détachée de toute pression relative aux subventions, riche et (surtout) créative.

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