Décès de notre estimée collègue Katherine Lippel

Publié le jeudi 23 septembre 2021

 

C’est le cœur lourd et avec immense regret que nous nous devons d’annoncer le décès de notre grande collègue et amie Katherine Lippel, qui s’est éteinte paisiblement tôt ce matin.

Fortement appréciée de ses pairs, de ses étudiant.e.s comme de la communauté de recherche, Katherine s’est démarquée tout au long de son parcours par sa défense des droits des travailleuses et travailleurs et sa lutte contre la stigmatisation des victimes d’accidents et de maladies du travail. Elle a touché la vie de milliers de personnes en leur assurant une meilleure protection et des indemnisations plus justes, tout comme par son inestimable dévouement aux gens qui l'entouraient.

Au sein de la famille Fauteux, celles et ceux qui l’ont bien connue se souviendront avant tout de sa grande collégialité, de sa sollicitude et de son penchant on ne peut plus naturel à prendre sous son aile ses étudiantes, ses étudiants, ses collègues et quiconque venait à la côtoyer.

Diplômée au baccalauréat (1977) et à la maîtrise (1983) en droit de l’Université de Montréal, Katherine a été admise au Barreau du Québec en 1978. Elle a été professeure de droit au Département des sciences juridiques de la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal de 1982 à 2006 avant de se joindre à l’Université d’Ottawa, où elle a été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de la santé et de la sécurité du travail de 2006 à 2020, puis de la Chaire éminente en droit de la santé et de la sécurité du travail.

La professeure Lippel a prêté sa voix aux travailleuses et travailleurs les plus vulnérables tout au long de sa carrière.

Katherine était une sommité du droit du travail, et ses apports lui ont valu de nombreuses récompenses au fil des ans. En reconnaissance de son immense contribution à la recherche, elle a reçu en 2017 la Médaille d’or du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), la plus haute distinction décernée par le Conseil et qui est remise à une personne dont le « leadership, le dévouement et l’originalité de la pensée inspirent aussi bien les étudiants que ses collègues ». Lors de la cérémonie de remise de la médaille et dans les jours qui ont suivi, Katherine s’était empressée de rattacher cet honneur individuel au projet collectif qu’elle poursuivait avec ses partenaires sociaux (organisations syndicales, groupes communautaires et de santé publique) et ses étudiants pour faire avancer la recherche en droit de la santé et sécurité au travail et donner une voix à « ceux et celles qui n’en ont pas ». Dans un article publié dans le Droit, elle indiquait d’ailleurs que « la recherche universitaire est faite pour permettre aux étudiants en maîtrise, au doctorat et au postdoctorat, et ceux qui veulent être avocat, à apprendre la réalité sociale et à faire de la recherche pour aider la société. On oublie souvent les étudiants et les partenaires sociaux, et il ne faut pas les oublier », nous rappelait-elle.

Elle avait auparavant notamment été fait membre de la Société royale du Canada en 2010 et reçu le prix 2005 de l’Association canadienne des professeurs de droit pour l’excellence universitaire. Tôt dans sa carrière, la Fondation du Barreau du Québec lui avait décerné le prix de la meilleure monographie en droit en 1991-1992 pour son ouvrage Le stress au travail : L’indemnisation des atteintes à la santé en droit québécois, canadien et américain (Éditions Yvon Blais, Cowansville, 1992).

Sur le plan de la recherche, Katherine nous lègue une œuvre monumentale, qui se démarque tant par son caractère interdisciplinaire et empirique, à l’époque où ce n’était pas du tout la norme dans les facultés de droit, que par l’impact durable qu’elle aura eu sur le développement de politiques publiques et sociales en matière de santé et sécurité au travail au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.

Passionnée de justice sociale, elle a consacré toute sa carrière à la défense des droits des travailleurs et travailleuses vulnérables, les femmes, les travailleurs migrants et les jeunes, portant une attention particulière aux liens entre le travail précaire et la discrimination systémique et la santé au travail. Au cours de la dernière année seulement, Katherine est intervenue à de nombreuses reprises pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses de la santé exposé.e.s à des maladies infectieuses en temps de pandémie (voir la vidéo de Jurivision) et a été aux premières loges des travaux entourant le projet de loi 59 sur la réforme de la santé et sécurité au travail au Québec (voir son témoignage en commission parlementaire) tout en dirigeant un grand partenariat international de recherche sur le retour au travail des travailleurs blessés après une lésion professionnelle.

« Au cours des 15 années qu’elle a passées avec nous, Katherine a été un pilier et un phare de la Section de droit civil. Sa force, son engagement et sa générosité nous aura tous profondément marqués. Elle était non seulement une de nos chercheuses étoile et une grande visionnaire du droit de la santé et sécurité au travail, mais elle était surtout une collègue dévouée et pleine de compassion, une mentore extraordinaire et une alliée indéfectible pour les étudiant.es et les jeunes chercheurs et chercheuses. »

ꟷ Marie-Eve Sylvestre, doyenne de la Section de droit civil, Faculté de droit de l’Université d’Ottawa

La Section de droit civil tient à transmettre ses plus sincères condoléances au conjoint de Katherine, M. Frederick Sweet, ainsi qu’à sa famille, ses proches et toutes celles et ceux qui ont eu le grand privilège de la connaître.

Nous verrons à rendre hommage à notre regrettée collègue dans les jours, les semaines et les mois qui suivront, et vous communiquerons plus de détails à cet effet sous peu.

D'ici là, si vous souhaitez partager vos souvenirs, vos photos et vos témoignages, nous vous invitons à le faire sur la page commémorative créée à sa mémoire, page que nous partagerons avec les proches de Katherine.

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