Introduction au droit autochtone : à la découverte des Atikamekw Nehirowisiwok

Publié le jeudi 14 janvier 2021

Capteur de rêves illuminé par le soleil

Photo : Dyaa Eldin

Les 7 et 8 janvier dernier, près de 250 étudiant.e.s en première année de droit civil et de common law avaient rendez-vous pour une initiation obligatoire au droit autochtone, qui donnait par ailleurs le coup d’envoi au trimestre d’hiver 2021.

Cette formation intensive de deux jours s’inscrit dans l’engagement de la Faculté de droit envers la réconciliation avec les Premiers peuples et dans la réponse aux appels à l’action 28 et 50 de la Commission de vérité et réconciliation. S’articulant chaque année autour d’une thématique distincte, elle invite les apprenant.e.s à développer leurs compétences interculturelles en s’intéressant aux fondements des ordres juridiques autochtones.

En vue de cette troisième édition annuelle du cours, la professeure Eva Ottawa s’est entourée de plusieurs collaborateurs pour proposer une incursion virtuelle dans l’univers des Atikamekw Nehirowisiwok.

Les Atikamekw Nehirowisiwok utilisent le terme « Nehirowisiw » pour se désigner, qui signifie dans leur langue maternelle un être qui vit en équilibre et en harmonie avec son environnement.

L’aîné Gilbert Whiteduck de la communauté Kitigan Zibi Anishinabeg a souhaité la bienvenue aux participant.e.s et livré ses réflexions sur la réconciliation. Par un rituel de purification, il a préparé la classe à s’ouvrir aux enseignements et leur a transmis ses meilleurs vœux en ce début de trimestre.

S’appuyant notamment sur la légende de l’eau, kimocomino Fernand Niquay a offert une fenêtre sur l’héritage spirituel de son peuple, la connexion naturelle entre les humains et le monde, les traditions et les renouvellements au cœur de sa communauté, ainsi que l’importance de l’équilibre.

Kimocomino Fernand Niquay est un guide-aidant naturel; il a vécu en territoire au rythme des saisons pendant de nombreuses années et partagé ses savoirs avec les communautés d’ici et d’ailleurs.

Sipi Flamand, vice-chef du Conseil des Atikamekw de Manawan et candidat à la maîtrise à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, a traité de la revitalisation et de la réappropriation du système d’autorité traditionnelle de sa Nation. Il a notamment effectué un survol de la réforme du code coutumier, tout en expliquant la nouvelle structure de gouvernance du Conseil et le rôle des membres qui la composent.

Dans ses travaux, le vice-chef Sipi Flamand s’intéresse à l’autodétermination et à la valorisation du système d’autorité traditionnelle de son peuple.

La conteuse, chanteuse et aidante spirituelle Karine Echaquan a plongé l’auditoire virtuel au cœur des légendes atikamekw nehirowisiwok, véhicules de transmission des savoirs et des enseignements ancestraux qui servent de fondement aux traditions juridiques autochtones. Relatant notamment les contes de Kwei, de la petite goutte d’eau et de la lune qui lui ont été transmis par son grand-père, elle a dégagé les enseignements de ces récits au profit de l’auditoire.

Karine Echaquan contribue régulièrement aux efforts de réconciliation dans les écoles et les centres culturels. Lors de sa présentation, elle a fait un retour bouleversant sur la mort tragique de sa cousine, Joyce Echaquan, dont les images ont fait le tour du monde en septembre dernier.

La professeure Eva Ottawa a clôturé la formation en présentant son projet de recherche portant sur l’adoption « coutumière » chez les Atikamekw Nehirowisiwok de Manawan. Elle a expliqué leur système coutumier engagé vers l’autonomisation de l’enfant, en abordant notamment la philosophie du droit dans une optique des relations de filiation et d’affiliation, d’existence et de coexistence relationnelle, tout en dressant des parallèles avec le droit civil en matière d’adoption.

Grand Chef de la Nation Atikamekw de 2006 à 2013, la professeure Ottawa est toujours vivement engagée dans les travaux de revitalisation de la gouvernance de sa communauté.

« Je tiens à souligner la générosité et le partage de nos invité(e)s qui a permis aux étudiant.e.s de première année en droit civil et en common law de plonger dans l’univers des Atikamekw Nehirowisiwok. Nos étudiant.e.s ont pu ainsi apercevoir leur réalité, explorer leur vision du monde et entendre ATISOKANA (récits, contes et légendes). Il existe différentes façons d’appréhender le droit; les Atikamekw Nehirowisiwok sont un peuple de tradition orale, et ATISOKANA constitue un des modes de transmission des connaissances juridiques. Les différentes présentations nous ont par ailleurs permis d’avoir un regard sur Nehirowisiw à partir de l’intérieur. Nous avons souvent tendance à oublier l’existence des ordres juridiques autochtones, qui sont millénaires. Aujourd’hui, il est primordial de les présenter aux étudiant.e.s de première année en droit afin de les encourager à considérer et à approfondir la perspective du pluralisme juridique. » - Eva Ottawa, professeure adjointe à la Section de droit civil.

« L’introduction aux ordres juridiques autochtones s’inscrit dans le cadre de notre cours DRC 1500, qui vise le développement de compétences professionnelles qui seront nécessaires à la pratique du droit, des compétences telles que l’apprentissage de la recherche et de la rédaction juridique, l’apprentissage de l’éthique et de la déontologie professionnelle, l’acquisition de connaissances relatives à un milieu de travail exempt d’harcèlement, de racisme et de discrimination et le développement de compétences interculturelles. Cette formation s’inscrit en outre dans notre engagement facultaire envers la réconciliation avec les Premiers Peuples, la lutte au racisme et la décolonisation de nos programmes conformément aux appels à l’action 28 et 50 de la Commission vérité et réconciliation du Canada. Je remercie chaleureusement nos invité.e.s pour avoir partagé leur savoir et leur expertise sur la culture millénaire et le droit atikamekw nehirowisiw. » - Marie-Eve Sylvestre, doyenne de la Section de droit civil.

Les étudiant.e.s qui souhaitent poursuivre leur apprentissage à ce sujet peuvent choisir parmi une gamme de cours à la licence en droit civil comme au programme de common law, y compris en s’inscrivant aux cours d’été spécialisés en droit autochtone.

 

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