Moi, à la Cour suprême du Canada ?

Publié le lundi 24 mars 2014

Terry Skolnik en Europe

Terry Skolnik est diplômé de la Section de droit civil. Son parcours unique, l’excellence de son dossier scolaire et sa passion ont mené le jeune professeur à temps partiel à être sélectionné comme clerc à la Cour suprême du Canada pour l’année 2015-2016.  Il raconte son expérience.

Imaginez ma surprise lorsque j’ai appris que j’étais sélectionné pour travailler comme auxiliaire juridique à la Cour suprême du Canada! En fait, à la fin de mes études secondaires et collégiales je n’avais jamais considéré même poursuivre des études universitaires  puisque mon rêve était de devenir policier. Une blessure a toutefois retardé mon entrée à l’École nationale de police du Québec et j’ai dû trouver une alternative. C’est alors que j’ai décidé d’envoyer une demande d’admission à la Section de droit civil de l’Université d’Ottawa – le seul endroit où j’ai fait demande. Accepter mon offre d’admission est, sans aucun doute, l’une des meilleures décisions de ma vie. Les expériences que j’ai vécues resteront avec moi à tout jamais et ont certainement contribué à ma nomination pour le poste de clerc à la Cour suprême. 

J’ai eu la chance de participer au concours national de plaidoirie Sopinka et d’apprendre les rudiments de l’art de la plaidoirie auprès de Me Manon Lapointe (procureure de la Couronne au Service de poursuites pénales du Canada) et Me Gene Assad. J’ai également eu la chance de participer au programme d’enseignement clinique, où j’ai travaillé comme stagiaire étudiant au sein du Service de poursuites pénales du Canada. Au cours de l’été de ma deuxième année d’études en droit, j’ai complété ma formation en patrouille gendarmerie à l’École nationale de police du Québec (ENPQ).

Le professeur Mark Toufayan m’a également marqué durant mon passage à la Section de façon significative. Le professeur Toufayan m’a toujours encouragé à examiner le droit d’une perspective critique et à sortir de ma zone de confort. Il m’a également incité à poursuivre des études supérieures. C’est ainsi que j’ai décidé de faire une maîtrise en droit à l’Université de Cambridge, où j’ai étudié comme boursier « Commonwealth Trust Scholar ».

Au cours de mes études en Angleterre, j’ai perdu un grand mentor et ami, Me Gene Assad, qui enseignait la procédure et preuve pénales à la faculté et qui avait été l’un des deux entraîneurs du concours Sopinka lors de mon passage à la Section. Malgré la tristesse d’avoir perdu ce grand homme, ce fut un immense honneur de me voir offrir la charge d’enseignement du professeur Assad. C’est alors que j’ai cessé les fonctions que j’occupais au sein du Service de police de Montréal depuis mon retour d’Angleterre dans le but de me consacrer entièrement à l’enseignement. La décision de quitter le métier de policier fut difficile, mais j’ai au moins la fierté d’avoir vécu un de mes rêves d’enfance.

Depuis ce temps, ma vie a été marquée par un rythme effréné! J’enseigne les cours de droit pénal I (droit criminel substantiel) et droit pénal II (procédure et preuve pénales). J’ai été un des instructeurs pour le concours de plaidoirie Sopinka, rédigé des demandes de doctorat et de financement. J’ai également accepté de contribuer au projet extracurriculaire de droit criminel, « travail en cours. » Enfin, j’ai posé ma candidature pour un poste de clerc à la Cour suprême du Canada.

C’est à la fin du mois de février que j’ai été convoqué à quatre entrevues pour un poste de clerc à la Cour suprême du Canada. L’expérience a été franchement inoubliable. J’ai été marqué par le souci des juges de mettre les candidats à l’aise durant ce processus, par les échanges intellectuels stimulants que j’ai eus avec les juges, et le plaisir éprouvé lors des rencontres avec les autres candidats provenant de partout au Canada.

La semaine suivant les entrevues, pendant que j’enseignais un séminaire en droit criminel, j’ai manqué un appel de la Cour suprême. C’est seulement le lendemain matin que j’ai reçu l’offre d’emploi pour le poste de clerc au service du remplaçant à l’honorable juge Rothstein. J’ai hâte de rencontrer et de travailler avec les 26 autres clercs, d’approfondir mes connaissances en droit et d’améliorer mes habilités de recherche.

Entre temps, j’ai accepté une offre d’admission au programme de doctorat à l’Université de Toronto. Mes recherches doctorales porteront sur la criminalisation indirecte de l’itinérance. Je vais également partir en voyage en Europe durant l’été. Mon objectif après mes études doctorales et mon stage à la Cour suprême est de revenir enseigner à la Section de droit civil.

En réfléchissant aux cinq dernières années qui ont mené à cette dernière semaine des plus étonnantes, je partage avec vous quelques réflexions.  

  • Il faut faire ce qu’on aime, et y travailler sans répit. J’en conviens, atteindre ses objectifs peut prendre beaucoup de temps, voire même des années. Dans ces moments, il importe de se souvenir que l’aventure qui mène au résultat final est aussi importante que le résultat même.
  • J’ai travaillé extrêmement fort pour réaliser mes rêves, mais j’ai eu la chance d’être entouré par une merveilleuse équipe. Ma famille, mes amis, la Section de droit civil (la direction, professeurs, et personnel administratif), et mes étudiants m’ont épaulé sans réserve dans mes projets. Ils m’ont encouragé à m’améliorer et tant qu’étudiant et professeur. Cette expérience m’a fait réaliser à quel point je suis chanceux d’avoir ces personnes dans ma vie.  
  • On apprécie encore plus la beauté de la vie lorsqu’on sort de notre zone de confort. Que ce soit en voyageant, en suivant des cours différents, ou en rencontrant des gens qui sont très différents de nous. Je suis sincèrement d’avis qu’on en apprend davantage sur les autres et sur nous-mêmes lorsque nous sommes placés à l’extérieur de notre élément.    

J’ai hâte de vous donner des nouvelles de Toronto et de la Cour suprême du Canada, les prochaines étapes de ma vie. Et dire que tout cela a commencé avec une demande d’admission à la Section! 

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