Le port de signes religieux au cœur d'un numéro spécial de la revue Social Identities

Publié le mardi 14 janvier 2014

Le débat concernant l'interdiction du port de signes religieux a pris de l’ampleur en 2013, et plusieurs personnes se prononcent sur le sens à attribuer au foulard musulman. Un numéro spécial de la revue Social Identities : Journal for the Study of Race, Nation and Culture (Routledge : 2013, volume 19, numéro 6), issu d’une conférence multidisciplinaire intitulée « ‘Illegal’ Covering: Comparative Perspectives on Legal and Social Discourses on Religious Diversity », a été publié récemment sous la direction de Pascale Fournier, professeure à la Section de droit civil de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche sur le pluralisme juridique et le droit comparé, et Valérie Amiraux, professeure au département de sociologie de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en étude du pluralisme religieux et de l'ethnicité.

Les textes publiés dans ce numéro spécial nous permettent de mieux comprendre les multiples significations que peuvent revêtir le foulard musulman et son impact concret dans la vie des femmes qui le portent, en faisant appel au droit, à la sociologie, aux études religieuses et à l’histoire de l'art. La liste d’auteurs comprend Richard T. FordRobert LeckeyAnna KortewegLori G. Beaman et Valerie Behiery, avec une conclusion de Valérie Amiraux.

Pascale Fournier et l'équipe d'Onati en 2012. Photo prise à l'Institut sur la sociologie du droit à Onati (Espagne).

Photo prise à l'Institut sur la sociologie du droit à Onati (Espagne).

La professeure Fournier signe également l’introduction de ce numéro spécial, introduction si justement intitulée : « Headscarf and burqa controversies at the crossroad of politics, society and law ». Ce texte présente certaines dichotomies (intervention étatique/ non-intervention étatique ; coercition / consentement) qui imprègnent les discours juridiques à propos de l’interdiction du voile intégral et tente de complexifier un débat que l’on simplifie à outrance. Selon les supporteurs de l’interdiction, la femme voilée est forcée de se couvrir par une institution abusive de laquelle elle doit être secourue, tandis que, pour ses détracteurs, elle est en plein exercice de sa  foi religieuse. Ces deux visions sont problématiques. Si la première est évidemment paternaliste, la seconde, l'idée que le choix de la femme est uniquement motivé par sa foi, fait abstraction du caractère politique du port de la burqa et nie l'autonomie décisionnelle de la femme. Ne serait-il pas possible que les femmes agissent plutôt sur un continuum, exerçant leur choix de porter la burqa en naviguant entre ces deux pôles, sans se confiner à l'un d'eux ? Le parallèle peut être dressé avec le choix des femmes de se vêtir de façon sexy, qui a été étudié par Duncan Kennedy chez les femmes occidentales dans son classique « Sexual Abuse, Sexy Dressing and the Eroticization of Domination ».  Ses recherches démontrent  que l’habillement sexy n'est ni une adoption stricte des symboles imposés par le patriarcat, ni une préférence pleinement choisie. De fait, une telle opposition réductrice ne révèle pas les fins nuancées, allant de stratégies à plaisir, que poursuivent les femmes en optant pour des jupes ou des talons hauts. De façon similaire, la réduction du port du voile à une imposition patriarcale ou à un acte pieux ignore les relations de pouvoir à travers lesquelles les femmes musulmanes négocient leurs identités religieuses et féminines.

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