Vulgariser la justice sociale par le jeu: un défi lancé aux juristes !

Publié le vendredi 6 décembre 2019

La formation juridique des étudiants en droit de l’Université de d’Ottawa a pris une tournure inattendue au début du mois de novembre.

Jusque-là rompu.e.s à la résolution de cas pratiques, à la rédaction de mémos pour clients factices aux noms farfelus, ou encore à la préparation de plaidoiries enflammées, les étudiant.e.s ont été appelé.e.s vers de nouvelles contrées d’expression de leurs connaissances et de leur savoir-faire juridique.

À l’occasion du tout premier Game Jam à la faculté de droit, chaque équipe devait, en 24 heures, créer un jeu en lien avec la justice sociale, le thème juridique choisi cette année.

Cette première édition a été organisé par Alexandre Lillo, David MacDonald du Service d'appui à l'enseignement et à l'apprentissage (SAEA) et Thomas Burelli ainsi que la Société des Étudiants en droit international de la faculté de droit (représentée par Janice Sebagenzi, Ho-Ly Ha et Sarah Ali).

Joanne St-Lewis, professeure à la section de Common Law, a quant à elle donné le coup d’envoi de l’événement. En tant qu'invitée d'honneur et experte en justice sociale, la professeure St-Lewis a souligné l'importance du thème et transmis son enthousiasme et sa passion aux participant.e.s avant de les aiguiller par le biais d’échanges et de discussions.

 

Pourquoi marier jeu et droit ? 

Un Game Jam est un événement au cours duquel les participant.e.s doivent créer un jeu, peu importe sa forme, en lien avec un sujet d'importance éducative. De cette façon, le jeu est utilisé comme une approche d'apprentissage actif qui place les étudiant.e.s au centre de l'expérience.

Régulièrement organisés dans d’autres domaines d’activités, les Game Jams sont   extrêmement rares en droit. Ils présentent pourtant de nombreux intérêts pour les juristes.

Dans un monde où le droit apparaît de plus en plus complexe et où l’accès à la justice constitue un enjeu de plus en plus prégnant, le jeu offre l’occasion de développer des outils d’apprentissage, de sensibilisation et de vulgarisation innovants. Il permet de décrire, de comprendre, d’expérimenter ou de critiquer le droit et ses effets dans un environnement collaboratif, immersif, sécuritaire, autonomisant et propice à la créativité. C’est une occasion unique pour les étudiant.e.s en droit d’exprimer leur créativité en vue d’explorer de nouvelles façons de représenter les concepts et les enjeux de l’univers juridique.

 

Pour entamer leur travail, nous avons demandé aux étudiant.e.s d’identifier un ou plusieurs problèmes liés au sujet (un jeu, après tout, est un défi qui doit être complété) et de trouver des solutions créatives.

Pour qu'un jeu soit efficace, les étudiant-e-s devaient comprendre le sujet, être capables de communiquer les principes clés et développer des mécanismes qui permettaient aux joueurs de comprendre et d'utiliser le sujet d'une manière engageante. Ce n'est pas une tâche facile !
 

la première cohorte dépasse largement les attentes 

11 étudiant.e.s ont accepté de relever le défi qu’il leur a été proposé. Regroupés en quatre équipes, ils ont été activement impliqués durant près de 24 heures pour développer leur projet. De la réflexion initiale jusqu’à la conception d’un prototype, quatre jeux ont été créés à l’issu du Game Jam :

  • JusQuiz  – une application mobile qui permet de tester ses connaissances sur la justice sociale et les outils juridiques y étant associés. Accumuler les points permet de débloquer plusieurs niveaux de difficultés. Pour son créateur Simon Garceau, c’est un « outil d’apprentissage et d’accès à de l’information juridique maquillé sous forme de jeu interactif ».
  • Justice? – un jeu dont l’objectif consiste à compléter le parcours du plateau de jeu en premier. Les joueur.euse.s doivent néanmoins surmonter des évènements aléatoires et la survenance de règles de droit qui affecteront le déroulement de la partie. Pour les créatrices - Jacinthe Bourbonnais, Marie-Ève Sylvestre et Heeba Ghouri, Justice? est « une simulation de vie dans laquelle le joueur est confronté à des situations imposées […] dans le but de montrer comment les injustices sociales peuvent affecter les gens de diverses façons ».
  • Stereotypes – un jeu de plateau qui vise à défaire les préjugés présents dans notre société, en discutant, toujours dans le respect, des manières d’y mettre fin. Chaque participant incarne un personnage. Les personnages sont d’ethnies, de religions, d’âges, d’orientations sexuelles et de professions variés. Les créatrices Catherine Rioux, Vanessa Villeneuve et Rafaëlle Osborne souhaitent faire comprendre aux joueurs que nous sommes tous égaux, mais que les stéréotypes peuvent rendre le parcours de certains plus ardu. 

 

  • Power Tower – un jeu de plateau en deux phases où les joueur.euse.s doivent, dans la première phase, explorer les enjeux passés et présents de la justice sociale. Dans la seconde phase, ils décideront et adopteront un ensemble d’instruments juridiques. Mais attention… Chaque instrument pourra affecter leur capacité à remporter la partie! Les créatrices de Power Tower, Nadreyh Vagba, Inès Raymond-Daoudi, Koryna Prophète et Anastasia Dumoulin, le décrive comme un « jeu éducatif ayant pour objectif d'éduquer et de sensibiliser les joueur.euse.s sur les réalités de leur monde, tout en leur donnant la possibilité de débattre sur celles-ci et de réfléchir aux solutions futures qu'ils pourraient apporter ».

 

Le jeu Justice? a remporté le grand prix du jury. Le jeu JusQuiz a pour sa part remporté le prix du public.

Le résultat des réflexions et du travail des participants a largement dépassé les attentes des organisateurs qui ont été impressionnés par la qualité des projets. À la fin de la journée, non seulement les jeux étaient jouables, mais ils employaient tous des mécaniques à la fois originales et ludiques pour appréhender la notion de justice sociale et les outils juridiques pouvant y être liés. Gardez l’œil ouvert pour ces créations uniques!

 

La participation au Game Jam a été décrite comme une « excellente initiative permettant d’utiliser son esprit créateur », également comme « une toute nouvelle façon d’apprendre définitivement efficace ». Cette expérience unique de création et de manipulation du droit a été largement apprécié. « J'ai découvert une nouvelle facette de moi et je retiens qu’en 24 h, on peut accomplir plus que l'on pense! » a déclaré l’une des participantes.

Au vu du succès de la première édition, le Game Jam sera reconduit l’année prochaine! Qui a dit que les juristes n’étaient pas capables d’être créatifs et d’apprendre en s’amusant?

 

 

Le Game Jam a été sponsorisé par la Section de droit civil (grâce au soutien de la Doyenne Marie-Ève Sylvestre) et la Section de Common Law (grâce au soutien du doyen Adam Dodek) de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa. La bibliothèque de l’Université d’Ottawa a mis à disposition une salle et le Service d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage (SAEA) a fourni du matériel pour la création de prototypes et a aidé à la création de l'événement. Finalement, le cabinet d’avocats BLG a offert un prix de 500 dollars qui a été réparti entre les différentes équipes.

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