Aurore l’enfant martyre (presque) 100 ans plus tard

Aurore l’enfant martyre (presque) 100 ans plus tard

Par: Mia Paradis


Le 30 avril 2019 provoque un tollé dans les médias québécois; une petite fille de 7 ans est décédée suite à la négligence de son père et de sa belle-mère. Rappelons-nous l’histoire d’Aurore l’enfant martyre en 1920, dans la petite communauté de Sainte-Philomène de Fortierville, où cette fillette s’éteint suite aux traitements sans-cœur de sa belle-mère (Breton, 2020). N’est-ce pas un copié-collé de l’histoire près de 100 ans plus tard?

En mémoire de la petite fille de Granby, dont le nom ne peut être divulgué en raison de l’ordonnance de non-publication émise par le tribunal, cet article tente de démystifier l’affaire et de mettre en lumière les manquements de la direction de la protection de la jeunesse (ci-après « DPJ») afin que le Québec se souvienne. Cet article se veut cru et sans artifice, soyez-en avertis.

La fillette a vécu un supplice avant de vivre ses derniers moments, comme quoi tous les diables ne sont pas en enfer. En effet, le médecin de la fillette souligne qu’elle aurait souffert de perforation de l’intestin et de gonflement de la vessie, ce qui mène à croire qu’elle a été enfermée dans une pièce (Ducas, 2019). Au niveau psychologique, le manque d’affection des parents a causé un retard de croissance, de scolarisation ainsi que de développement mental. Elle présentait aussi des signes de stress post-traumatique, de trouble de l’attachement, de l’anxiété sévère, de trouble de l’opposition et de trouble de sommeil (Ducas, 2019).

Avant même sa naissance, la fillette connait déjà le mot détresse, mais la misère vaut toutefois mieux que la mort. Le logement des parents est insalubre, témoigne la grand-mère paternelle de la fillette (Gagnon, 2020). La mère biologique est atteinte de nombreuses maladies psychologiques et le père a été suivi en pédopsychiatrie pour avoir abusé sexuellement de son frère et de sa sœur (Gagnon, 2020). Il est à noter que la DPJ est dans la vie de la famille depuis la naissance de la fillette et que la garde de celle-ci a été confiée à la grand-mère jusqu’à ses 3 ans approximativement. Notons également que l’article 4, aliéna 3 de la Loi sur la protection de la jeunesse (ci-après « Loi ») prévoit que les décisions doivent être prises dans l’intérêt de l’enfant pour assurer la continuité de ses soins, et ce, de façon permanente. Également, l’article 33 du Code civil du Québec fait foi de l’intérêt supérieur de l’enfant. Normalement, le placement d’un enfant de moins de 2 ans doit être d’au plus 12 mois selon l’article 91.1 de la Loi et l’enfant doit avoir ce qu’on appelle un projet de vie à l’arrivée de ce délai. Selon la grand-mère, Johanne R., l’enfant se développe bien chez elle. Or, selon ces principes, pourquoi la DPJ n’a pas recommandé un placement jusqu’à majorité chez la grand-mère paternelle? Le père était certainement très manipulateur pour convaincre le tribunal de reprendre la garde de la fillette (Gagnon, 2020).

Le vrai drame commence ici. La fillette habite maintenant avec son père et sa belle-mère et, malgré de nombreuses visites des policiers, la DPJ n’intervient pas. La belle-mère fait face à des accusations de voies de fait envers la fillette, mais bénéficie d’une absolution inconditionnelle. La DPJ n’intervient pas. Des voisins voient la fillette se nourrir dans les déchets. La DPJ n’intervient pas. La grand-mère observe des comportements de nature sexuelle chez l’enfant. La DPJ n’intervient pas. La fillette ne va plus à l’école dans les semaines précédant sa mort. La DPJ n’intervient pas.

Devenue un paquet d’os maigre et faible, c’est dans ces conditions que la petite s’éteint.

En réponse à ce drame, le Gouvernement québécois met donc en place la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dont le rapport est à paraître en avril 2021.

Combien d’enfants devrons-nous encore sacrifier? Combien d’enfants devrons-nous encore honorer? Combien d’enfants devrons-nous encore pleurer?

Le Québec se souvient.


Bibliographie

Législations :

Code civil du Québec, RLRQ c CCQ-1991

Loi sur la protection de la jeunesse, RLRQ c P-34.1

Doctrine et autres sources :

Breton, Brigitte, « Il y a 100 ans, Aurore l’enfant martyr », Le Soleil (6 février 2020), en ligne : https://www.lesoleil.com/actualite/il-y-a-100-ans-aurore-lenfant-martyre-d6b28e2a2b61fe4058c410bdc9b0c7ef

Ducas, Isabelle, « Fillette morte à Granby, un tragique destin », La Presse (3 mai 2019), en ligne : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2019-05-03/fillette-morte-a-granby-un-tragique-destin

Gagnon, Katia « Tragédie de la fillette de la DPJ à Granby : elle s’appelait x », La Presse, (26 avril 2020), en ligne : https://www.lapresse.ca/actualites/enquetes/2020-04-26/tragedie-de-la-fillette-de-la-dpj-a-granby-elle-s-appelait-x

Haut de page